De la mémoire ancestrale à la carte
Dans le territoire de Seke-Banza, au Kongo Central, les communautés locales vivent depuis des générations sur des terres gérées selon le droit coutumier. Pourtant, en l’absence de documents officiels, ces droits sont fragiles, exposant les populations à des conflits fonciers, à la spoliation et à une insécurité permanente. Pour répondre à cette vulnérabilité, le Gouvernement congolais a lancé une réforme foncière aboutissant, en 2021, à l’adoption d’une nouvelle politique foncière et à la mise en place d’un Système d’Information Foncière (SIF).
C’est dans ce cadre que le Centre des Technologies Innovatrices et le Développement Durable (CTIDD), en partenariat avec le Ministère des Affaires Foncières, la Coordination Nationale de la Réforme Foncière (CONAREF), et avec le soutien de la Right Resource Initiative (RRI) et de l’Ambassade de Suède en RDC, a mené une mission intensive de cartographie participative dans le secteur de Bundi.
Objectifs atteints : cartes, plans et sécurisation foncière
La mission, réalisée entre septembre et octobre 2025, avait pour objectif principal de délimiter les terroirs villageois et d’élaborer des outils de planification territoriale afin de garantir une sécurité foncière durable aux communautés.
Les résultats sont concrets :
- 9 villages ont été cartographiés de manière participative.
- 3 Plans Simples d’Aménagement du Territoire (PSAT) ont été élaborés dans les villages de Bota, Kinzambi et Kikenge 1, chacun représentant un groupement différent.
- Au total, 7 747 hectares de terres coutumières ont été officiellement délimités et cartographiés.
Une méthodologie inclusive et communautaire
Le succès de cette mission repose sur une approche profondément participative et respectueuse des savoirs locaux.
- Préparation et alliance avec les autorités : L’équipe a débuté par des présentations officielles auprès de l’Administrateur du Territoire et des chefs coutumiers, assurant leur adhésion et leur collaboration.
- Renforcement des capacités locales : Des facilitateurs et cartographes locaux ont été formés aux techniques de cartographie participative et à l’utilisation de GPS (Garmin 64).
- Cartographie par et pour la communauté : Dans chaque village, le processus a commencé par un atelier où un membre dessinait de mémoire le terroir au sol. Cette esquisse était ensuite enrichie collectivement par tous les habitants, identifiant rivières, forêts sacrées, limites historiques et villages voisins.
- Collecte de données terrain : Guidés par les anciens et les chefs de terre, des équipes mixtes (communautaires et experts) ont parcouru les limites pour enregistrer les coordonnées GPS précises.
- Gouvernance locale : Dans les trois villages pilotes PSAT, des Comités Locaux de Développement (CLD) ont été installés et formés pour devenir les garants de la gestion future des terres et du développement local.
Villages cartographiés : une mosaïque de terroirs sécurisés
La mission a couvert douze villages répartis dans les trois groupements du secteur Bundi :
- Groupement Seke-Banza : Kinzazi Yila, Kai Vungu, Kitsingi, Kiyenga, Bota, Kisesi
- Groupement Nlamba : Kibunzi, Kiphanana, Kikenge 1
- Groupement Mongodolo : Kitsifi, Kisevelo 2, Kinzambi
Pour chaque village, une carte détaillée a été produite, servant de base juridique et sociale pour la reconnaissance de leurs droits.












Analyses et défis révélés
La cartographie participative a permis de mettre en lumière à la fois les forces et les fragilités du foncier local :
- Forces : Un désir fort des communautés de voir leurs terres reconnues, un accueil chaleureux du projet et une gouvernance coutumière bien structurée.
- Défis majeurs :
- La perte des repères historiques de bornage dans certaines zones.
- L’imbrication complexe des limites entre villages.
- La crainte de l’expropriation malgré le processus de sécurisation.
- L’existence de conflits fonciers non résolus empêchant la cartographie de certaines zones litigieuses.
- Un besoin crucial de renforcement des capacités techniques des administrations locales.
Un pas décisif vers la paix sociale et le développement
Cette mission de cartographie participative est bien plus qu’un exercice technique. C’est un acte de justice sociale et un investissement dans la paix durable. En donnant une existence cartographique et juridique aux droits fonciers coutumiers.
le projet « Appui aux droits fonciers communautaires à travers le système d’information foncière (SIF) dans les 3 groupements du secteur Bundi, territoire de Seke-Banza, province du kongo Central pour l’amélioration des moyens de subsistance et le climat » a permis de :
- Réduire les risques de conflits en clarifiant les limites.
- Renforcer le pouvoir de négociation des communautés face aux investisseurs ou à l’État.
- Poser les bases d’une gestion durable des ressources naturelles (forêts, terres agricoles).
- Créer des outils de planification (les PSAT) pour un développement local harmonieux et résilient.
Les cartes et les plans produits ne sont pas des fins en soi, mais le début d’un nouveau chapitre pour les communautés de Bundi. Ils matérialisent leur héritage, sécurisent leur présent et planifient leur avenir. Ce projet démontre avec succès que la réforme foncière en RDC, lorsqu’elle est ancrée dans la participation et le respect des droits coutumiers, peut concrètement améliorer les moyens de subsistance et renforcer la résilience des populations locales.









Pour voir plus de photos des activités sur le terrain : https://ctidd-rdc.org/nos-images/?album=219529&album_ses=1#aigpl-album-gallery-1
Ces activités ont été menées par le CTIDD en étroite collaboration avec la Commission Nationale de Réforme Foncière (CONAREF). Elle bénéficie également du soutien précieux de l’Initiative des Droits et Ressources (RRI), rendu possible grâce au soutien généreux de l’Ambassade de Suède en RDC.
Par audry mbal